Nom : Lefay
Prénom : Kristen
Age : 29 ans
Rôle avant la venue à bord de Tethys 07 : Géologue
Rôle à bord de Tethys 07 : Géologue toujours.
Physique :
Kristen mesure entre 1,85 et 1,90 mètre, mais il n'est jamais passé sous une toise. Il est plutôt mince pour sa taille, voire maigre, et possède une musculature sèche et nerveuse. Son visage fin, au menton et au nez pointus, et sa tignasse roux foncé toujours en bataille lui font paraître quelques années de moins. Il a des traits plutôt fins pour un homme, et, allié à ses cheveux longs, cela peut lui donner un aspect efféminé.
Ses yeux bleu-gris expriment en général un manque de lucidité effrayant et une bonne humeur à toute épreuve.
Il affectionne, outre la traditionnelle blouse blanche, les vêtements "pratiques" : pantalons de toile et chemises à moitié ouvertes qui peuvent lui donner un air plutôt débraillé. Il porte en permanence un pendentif en forme de croix latine autour du cou : non qu'il soit croyant, mais c'était le bijou préféré de son jeune frère, décédé lors de l'épidémie.
Caractère :
Suite à l'épidémie et à la mort de son jeune frère Erwan, Kristen a attrapé le syndrome du "je-vais-bien-tout-va-bien". Sa volonté de ne pas déprimer a totalement dégénéré, et il est à présent d'un optimisme qui touche à l'inconscience. Il adore consoler les gens qui vont mal, fait des serments d'amitié éternelle à la minute, a toujours un sourire chaleureux plaqué sur la figure, chante des comptines à toute heure de la journée : pas qu'il manque d'intelligence, mais il a à peu près autant de suite dans les idées qu'un chiot de trois semaines. Bref, si ceux qui ont envie de faire une cure de bonne humeur et de "tout va s'arranger" se sentiront chez eux auprès de lui, ceux qui désirent le calme, la tranquillité et des discussions sérieuses ont intérêt à fuir sa présence comme la peste.
Il ne retrouve un sérieux tout relatif que lorsqu'il parle de son métier. La géologie - que beaucoup trouvent plutôt indigeste - est pour lui, non pas une passion, mais une science qu'il maîtrise parfaitement et qu'il apprécie pour cette raison.
Histoire :
- Kris! Kris, regarde!
Le gamin rayonne. Dans ses yeux gris resplendit la joie de montrer à son frère la feuille de papier qu'il brandit comme un trophée. Il n'a pas dix ans, et l'échalas à la tignasse rousse qui lève les yeux de son épais livre de cours en a au moins quinze. Mais ils ont le même sourire.
- Oh, pas moyen de potasser tranquille dans cette maison. Fais voir, moucheron? Un A! Dis donc, tu vas finir par me battre...
- Erwan, laisse ton frère étudier. Il a un examen dans moins d'un mois...
Le grand garçon sourit d'un air fanfaron à la mince femme rousse qui se tient à la porte.
- T'inquiète, M'man. De toutes façons, je l'aurai, cet exam, le moucheron peut rester.
Mme Lefay prend un air sceptique, vient piquer une bise sur la joue de chacun de ses deux fils. Et puis elle tourne les talons. De toute façon, elle doit bien faire confiance à son fils aîné. Depuis que leur père a fichu le camp, peu avant la naissance du plus jeune, c'est lui l'homme de la maison.
Une fois qu'elle est sortie de la pièce, Erwan se tourne vers Kristen, les yeux brillants comme des étoiles.
- Kris...
- Quoi, moucheron?
- Tu m'expliques ton livre?
Le grand roux soupire, feignant l'exaspération.
- Chieur, va. Bon. Tu commences à lire?
Le gamin prend le bouquin d'un air important et commence à ânonner les mots, de cette voix monocorde caractéristique des enfants qui ne savent pas bien lire...
- Erwan?
Le jeune homme aux cheveux roux foncé pousse la vieille porte dont la peinture s'écaille. Le deux-pièces n'est qu'un immense foutoir où s'entremêlent livres, linge, crayons, notes de cours et paquets de biscuits. Depuis la mort de leur mère, il y a trois ans, les frères Lefay se nourrissent presque exclusivement de biscuits...
- Eh, moucheron, tu es là?
- Qu'est-ce qu'il y a, Kris?
Erwan émerge de la minuscule cuisine et Kristen retient un cri en le voyant. Il a une mine atroce. Il a encore maigri. Et ses yeux gris sont cernés de noir comme s'il avait passé la nuit à faire la fiesta.
- Mon Dieu, Erwan...
- Formule vaine, Kris.
- Qu'est-ce que tu as fait pendant ma mission à Quimper, bon sang?
- Travaillé.
En fait, Erwan n'a pas seulement travaillé. Evidemment, comme d'habitude, il a été en cours la journée. Mais ce que Kristen ne sait pas, c'est qu'après avoir passé les huit derniers week-ends à préparer son concours d'entrée en fac de médecine - avec deux ans d'avance tout de même! -, il a veillé toutes les nuits de la semaine précédente...
- Wan, assieds-toi, par pitié. Tu vas t'évanouir dans trois minutes sinon.
- Je peux pas, pas le temps...
Erwan se traîne comme un forcené vers la cuisine mais son frère le retient par le bras et l'oblige à se retourner, ce qui n'est pas bien difficile. Kristen est en pleine forme, lui, il a vingt-cinq ans alors qu'Erwan en a dix-sept, et il revient de sa première mission de recherche en tant que géologue. Pas comme l'espèce de zombie qui le regarde maintenant.
- Wan, tu y arriveras, tu sais... Pas besoin de bosser comme une bête... Regarde-toi... Je... Wan? Tu...
Il ne finit pas sa phrase. Erwan pousse un drôle de gémissement et s'éffondre à moitié contre son frère. Ses épaules sont agitées de soubresauts. Il marmonne des paroles sans suite d'où il ressort que de toute façon, personne ne veut de lui et qu'il doit tout faire de travers.
- J'en ai marre, Kris... Même maman nous a laissé tomber... j'en ai assez... je ne veux plus... j'en ai marre... je veux plus...
Alors Kristen prend son frère sans ses bras et il le serre contre lui, comme il l'a fait le jour de l'enterrement de leur mère. Comme il le faisait quand Erwan était petit. Comme il le fera dans trois mois, quand Erwan découvrira qu'il aime les hommes et qu'il devra lui expliquer que c'est aussi son cas.
Il le prend dans ses bras et il le laisse pleurer, en lui murmurant à l'oreille qu'il n'a pas à s'inquiéter, qu'au moins dans cette vie pourrie il a un frère qui l'aime plus que n'importe qui, et qu'ils seront toujours là l'un pour l'autre, et que bordel arrête de pleurer, moucheron, tu vas tremper ma chemise propre...
- La guerre, c'est de la connerie.
Erwan est catégorique. Il est rentré en seconde année de médecine, ce n'est pas pour voir des quidams se faire détripailler sur le petit écran. Ni en réalité d'ailleurs. Et d'après les médias, ça risque fort d'arriver dans pas longtemps. Alors, en attendant, il profite de la vie avec un charmant brun qui l'a apostrophé dans un café parce qu'il aimait bien ses cheveux blond vénitien.
En face de lui, Kristen se marre. Il a vingt-six ans, toutes ses dents et plusieurs hommes, qui n'en font pas une maladie. Il ne croit pas au parfait amour mais aux nuits qui lui font toucher les étoiles. Alors la guerre, il a beau être plus âgé, ça lui passe au-dessus du bonnet.
- Tiens, Wan.
Les yeux gris scrutent avec suspicion le petit paquet gris. Le blond prend quand même le cadeau et l'ouvre précautionneusement.
- Jolie croix, Kris. En quel honneur?
Le roux penche sa grande carcasse au-dessus de la table pour asséner une bonne claque sur le crâne de son frère.
- En plus d'être un moucheron, t'as la tête vide? C'est ton anniversaire aujourd'hui, triple buse!
Il se radoucit.
- Je sais que l'argent est ton métal préféré.
Erwan se penche par-dessus la table à son tour et lui plante une bise sur le front.
- Merci, grand frère. Mais ça m'empêchera pas de soutenir mordicus...
Le garçon est trop grave pour ses dix-huit ans. La faute à la guerre?
- C'est de la connerie.
- Monsieur Lefay? Ici le service de réanimation de l'hôpital central de Quimper...
La voix est paniquée. Kristen saute dans sa voiture. Les miasmes qui parcourent la ville l'assaillent tandis qu'il fonce vers l'hôpital à toute berzingue. Que les limitations de vitesse aillent se faire foutre. Il est arrivé quelque chose à Erwan. Qu'ils aillent tous se faire foutre, d'abord.
Erwan est allongé sur un lit blanc, bardé d'appareils. L'infirmière assis à côté de lui n'a guère l'air en meilleur état. Les paupières se relèvent sur des yeux gris déjà vitreux, et Kristen comprend qu'il n'y a plus rien à faire.
- Kris... Content de te voir.
- Tu pensais t'être débarrassé de moi, moucheron?
Il se force à sourire pendant que son frère fouille dans le col de sa chemise d'hôpital et en ressort la petite croix d'argent.
- Tiens... grand frère. Porte-la.
- T'es fou? Elle est à toi, je te la laisse.
- Non... veux pas. Plus envie. Veux plus.
Des larmes coulent sans bruit sur les joues du blond. Alors Kristen le prend dans ses bras. Une dernière fois.
- Putain, Kris, je veux pas m'en aller... C'est trop bête... pas maintenant, bordel...
Kristen ne se rend même pas compte qu'il pleure lui aussi tandis qu'il murmure les mots déjà tant de fois dits à ce qui ne sera bientôt plus son frère et qui tremble, terrassé par la peur et la maladie.
Deux heures plus tard, lorsque tout sera fini, il prendra la croix d'argent.
Pour Erwan.
Il fera le voeu de ne plus pleurer.
Pour Erwan.
Parce qu'il avait raison.
La guerre, c'est de la connerie.
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"L'entracte est fini, petit homme. Il va te falloir retrouver ta place dans le grand merdier."
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Dark Heart